"- Arrête, t'es pas drôle maintenant.
- Je sais que je ne suis pas drôle, je te quitte.
- Non, tu ne me quittes pas.
- Si.
- Non. Je t'aime.
- C'est nul de dire ça, c'est la phrase la plus bête du monde. Moi je ne t'aime pas, je ne t'aimerai jamais, je n'aimerai plus jamais personne.
- Il t'a bousillée, A.
- Ca ne te regarde pas.
- Ca me regarde. Parce que je t'aime.
- Non tu ne m'aimes pas, je ne veux pas que tu m'aimes, j'ai le coeur tout sec, moi, tout rassis.
- Je vais l'arroser, ton coeur. Je vais l'arroser, tu vas voir. Viens, viens près de moi, là, voilà..
- J'étais une fille formidable, moi avant. Mais là, là, là...
- Là quoi ?
- Là, je te gache.
- C'est lui qui t'a gachée. Tu vas m'aimer, tu vas voir.
- Je suis fatiguée.
- Mais non t'es pas fatiguée.
- Dis moi quelque chose de gentil...
- Je te le dis.
- Merci, oh merci ! J'en peux plus."
C'est comme ça qu'on ne s'est pas quittés. Ca fait deux ans maintenant. Il sait qu'il ne peut rien me demander. Il ne sait pas grand chose de moi, mais ça il le sait, je n'ai rien à lui donner, je n'attends rien non plus de lui. Peut-être qu'il en souffre. Peut-être qu'il attend, qu'il pense qu'il va me guérir. A l'époque, après la dispute, j'ai définitivement interdit les mots d'amour. Obscènes, les mots d'amour, usés d'avoir trop servi, je trouve ça déshonorant de dire je t'aime à une femme, je trouve qu'entre homme et femme, ça devrait être un motif de rupture, je nous interdis les mots pour être sure que les sentiments ne vont pas suivre et qu'un matin, on va pas se réveiller avec l'amour qui sera parti, comme ça, comme c'est venu.
Rien de grave.