Le soleil finissait de briller en nous laissant tout seul sur terre et l'horizon était d'un jaune parfait. Il ne restait que des rayons qui fondaient dans un rose tirant sur le violet, pour finir par un bleu partant à l'infini au dessus de nos têtes, le tout résumant un dégradé splendide. J'ai eu l'impression de ne pas avoir assez de tout mon champ de vision pour regarder l'ensemble du ciel tant il était immensément vaste ce soir là. J'ai cru comprendre qu'il s'en allait vers le champ d'un pas qui voulait dire, je me barre cinq minutes ou soixante, je suis vexé je veux rester seul mais j'aimerais bien que tu viennes t'excuser quand même. Je me suis levée en le voyant disparaître et j'ai coupé à travers champ en ne tenant compte que du bruit des brindilles qui cédaient sous mes pas, et lui, qui, parti d'un air décidé, m'enverrait peut-être sur les roses en me voyant le suivre. A la recherche du fripon. Je l'ai perdu de vue quand il a entamé le terrain récemment aménagé là, légèrement plus bas que le reste de l'horizon. Le terrain de foot sur lequel il avait joué et m'avait impressionnée la veille me paraissait deux à trois fois plus grand que celui de l'école primaire la plus réputée de notre ville, ce qui donnait un sacré bout de pelouse. J'ai avancé jusqu'à ce que je récupère dans ma vue sa silhouette maintenant minuscule au loin, et en arrivant près de lui j'ai su qu'il m'éviterait, un peu. Ca m'a fait sourire de me surprendre à le connaitre autant. Il est monté sur une barre en bois tenue en son milieu par un socle, style de jeux que je n'avais pas revu depuis les années qui me rappellent la petite école, et puis il avançait en équilibre sur sa poutre qui n'attendait que mon poids pour la faire contre-balancer, et c'est quand je suis intervenue dans son numéro d'équilibriste qu'il m'a regardée. Si peu de minutes après ça, j'ai vu dans ses yeux au dessus de mon front l'angoisse mêlée à son ambition, j'ai vu ce long chemin devant lui qu'il restait à tracer. Une envie m'a irradiée, celle de rester et de le voir rester, de nous observer évoluer, grandir ensemble, changer. Abattre cette maudite sensation de solitude et de perte de temps, le temps qui file inutilement, aussi effrayantes soient-elles. C'est là que je me suis dit, qu'il ne me servirait à rien de vouloir nous séparer, et que je n'étais plus juste amoureuse, qu'il ne s'agissait plus de jouer la passion extrême, le but étant d'en sortir le plus fort, quitte à blesser l'autre. Pendant longtemps j'ai cru qu'aimer était une éternelle baston, que l'on devait tenir pour ne pas qu'elle s'arrête, et durant laquelle il fallait d'abord penser à soi avant de penser à l'autre, et puis dans le champ ce soir là quand j'ai vu pointer l'humidité prononcée de ses yeux, j'ai baissé les miens pour ne pas pleurer, mais je les ai laissés briller à leur tour. Sur le chemin du retour, qui nous ramenait tous les deux, il m'a serrée tout en marchant, en posant ses mains sur ma tête, dans ma nuque, mes cheveux, mes joues, comme pour me tenir, comme si c'était vital, et je me suis rarement sentie aussi vivante et confiante. Ca m'a touché en pleine poitrine, parce que c'était évident.