La vie, l'amour, le bonheur, la peine.
Je suis jeune et j'aimerais affirmer que j'ai connu ces quatre là réunis, que je les ai déjà croisés, ou même, que je les fréquente en ce moment même, mais je ne suis que du haut de mes quinze jeunes années, et on m'a apprit qu'à cet âge ingrat, la vraie vie était « quelque chose » que je ne pouvais pas encore comprendre. On parle de bonheur, de sentiments, ça signifie que l'on parle d'années d'expérience. Quel âge faut-il avoir alors, pour déclarer que l'on a déjà été heureux. Ou pas. Comme si le fait de l'être était prétencieux. Oui car, quand on n'a que quinze ans, et que l'on ne cherche qu'à s'exprimer et qu'à faire ses preuves, l'adulte omniprésent de votre entourage ne cesse de vous rappeler que vous n'avez encore rien vu de la vie et que vous vous devez donc de fermer votre gueule. Vous n'avez rien à dire là-dessus, il a toujours raison, parce que vous n'avez pas « l'expérience » nécessaire pour vous la ramener. Je ne voudrais pas que l'on dise de moi que je fais-ma-grande, alors quand vous me parlerez de Bonheur, apprêtez vous à ce que je n'en réponde rien. Parce que je fuis votre bonheur. Je n'en veux pas, de votre bonheur. Ca ne m'intéresse pas, votre bonheur. Je n'y connais rien à votre bonheur. Je suis si jeune si conne. Et à voir les adultes banals que vous êtes devenus, il me repousse et me fait peur, votre bonheur. Vos règles et vos principes. L'amour et sa notice. Je passerai à côté de ça. Parce qu'en fait, votre bonheur sonne vraiment faux. Vie parfaite, mariage, ménage, pavillons, gosses, télé, métro, boulot, dodo, parce qu'à force d'être habitué à votre routine, vous ne vous rendez même pas compte que "demain est la malheureuse répétition d'aujourd'hui." Programmés. Vous vivez parce que vous êtes une machine programmée et sans interet particulier. Vous n'êtes que figés dans un décor (que j'aimerais bien massacrer.) Et j'aurais encore pas mal de choses à dénoncer à propos de ce qui m'effraie dans votre vie plate et déjà tracée, mais je ne voudrais pas vous infligez la compréhension de la réalité de votre banalité. Comprenez ma peur, mon angoisse, comprenez ma crise, mon malaise, comprenez les barrières que j'ai dressées entre vous et moi, comprenez tout ça puisque vous comprenez tout de la vie, c'est bien ça... Comprenez juste mon discours d'adolescente trop répété. Comprenez mon envie de rester différente. Comme un coup de gueule que je cherche à exprimer depuis longtemps, comme un refus de vivre dans cette société que je m'apprête à endurer. Mais l'engrenage est déjà bien avancé. Dans ce qui m'entoure, il y a les cours, l'école, le collège, le lycée. Tout qui se suit et qui ne s'arrête jamais. Tout ça. Et sans rien de bien particulier. Juste « des professeurs, qui récitent des formules par c½ur. » Et je suis lassée, blasée. Ca ne m'intéresse pas. De rester parmis toutes ces têtes neutres qui ne sont seulement là que pour qu'on leur bourre le crâne et qui au final, n'en retiennent rien. C'est juste un avant-goût amer, qui nous prépare à prendre votre relève, une fois que vous vous ferez dégagez. Ou que vous serez épuisés de votre vie insignifiante. Les bons côtés au milieu de tout ça. On arriverait presque à les oublier. Il y a l'amitié. Chose plus ou moins fiable dans un univers de pervers et de faux-culs à volonters, chose qui reste assez difficile à préserver. Et puis il y a l'ennemi numéro...2, 3, j'en sais rien, je ne les compte plus ; l'amour. Eternel attrape-con dont on fait vite le tour car personne ne vous correspond. Vous me direz, gamins comme on est, on a toute la vie devant nous pour trouver. « C'est pour la vie. Je suis à l'aube de ma vie mais je sais que nous deux c'est pour la vie. » C'est ce que je les entends se dire à longueur de temps, je ne les entends jamais changer leur disque des belles répliques amoureuses. Ils se répètent leurs jolies promesses, comme pour se persuader eux-mêmes de leur sens, parce qu'en fait au fond d'eux, ils n'y croient même pas l'instant d'une seule seconde. J'aime pas l'amour et ses fidèles déceptions. J'aime pas l'amour et ses cons manipulés qui se tiennent par la main et qui s'enlacent sur le banc d'à côté. J'aime pas l'amour et mes copines que ça fait pleurer dans les chiottes du bahut devant un miroir quand elles tentent en vain d'éviter que du noir se mette à couler. J'aime pas l'amour et toutes ses histoires qui se ressemblent trop, et question indépendance, c'est mieux de ne pas devenir accro. Alors comprenez que je sois effrayée par cette vie, par ce bonheur, par cet amour et-ceci-et-cela, mais n'oubliez pas que je reste jeune et conne, alors comprenez que je sois tombée dans le... piège-à-con. Comprenez qu'un jour je sois tombée sur un sourire angélique et sur des paroles qui se mèlent aussi aux miennes, comprenez que je me sente rassurée et bercée par les bras de « celui » qui me serre, qui vit dans un univers,
où je me sens réèlement bien.
J'aime pas l'amour. Je n'aime que lui.
"Alors viens sur moi sous mes doigts,
sur ma peau, dans ma vie,
alors lève toi, on est libre
de survivre à nos vies."