_____Rarement je suis rentré seul chez moi le soir : combien de femmes ont-elles partagé mes nuits, me permettant d'entretenir l'illusion que la vie reprenait ses droits, le désir aussi, après tout j'étais resté un homme, le même qu'avant, ou presque, qui aurait pu m'empêcher de ne pas m'éprouver vivant ? J'ai oublié le nom, le visage, de presque toutes ces femmes avec lesquelles j'ai essayé de gagner le large. Certains détails me reviennent, mais ce sont des images isolées : je ne peux pas les rattacher à la femme qui les possédait. Mes compagnes, mes " accompagnatrices ", ne sont jamais restées longtemps : très vite elles s'en allaient, dès qu'elles comprenaient que ce qu'elles avaient d'abord pris chez moi pour du détachement était du vide ; or les femmes savent que le vide engendre le vide, alors elles me quittaient, avec douceur, sans oser me dire quoi que ce soit : car que peut-on dire à un naufragé ? Combien de fois suis-je rentré chez moi le soir en découvrant un appartement vide... Je m'étais habitué à ces désertions, je devrais même dire : elles me soulageaient, car depuis que Clara n'était plus là plus personne ne m'était essentiel, je ne parvenais pas à m'attacher aux femmes avec lesquelles je passais mes nuits. Elles étaient là, à mon côté, souvent attentionnées, elles me distrayaient, je m'accommodais de leur présence, mais celle-là ou une autre... Il n'y avait plus de sens à rien. Je n'étais nulle part, ou plutôt, en dehors de tout. Devant moi la vie passait comme un rêve.
_____Seule Pascale est restée. Je ne sais pas pourquoi. Elle aussi, très vite, a compris que je n'avais pas grand chose à lui offrir. Pourtant elle est restée. Elle a été formidable. Si la vie avait été différente,
sans doute aurions-nous pu être heureux.


L. Tardieu - Puisque rien ne dure

# Posté le lundi 28 septembre 2009 11:08

- A quand remontent vos dernières règles ?

____Elle était déjà derrière le paravent et train de se battre avec les jambes de son jean. Elle soupira. Elle savait bien qu'il allait lui poser cette question. Elle le savait. Elle avait prévu son coup pourtant... Elle avait attaché ses cheveux avec une barrette en argent bien lourde et était montée sur cette putain de balance en serrant les poigs et en se tassant le plus possible. Elle avait même sautillé un peu pour repousser l'aiguille... Mais non, ça n'avait pas suffi et elle allait avoir droit à sa petite leçon de morale.
____Elle l'avait vu à son sourcil tout à l'heure quand il lui avait palpé l'abdomen. Ses côtes, ses hanches trop saillantes, ses seins ridicules et ses cuisses creuses, tout cela le contrariait.
____Elle finissait de boucler son ceinturon tranquillement. Elle n'avait rien à craindre cette fois-ci. On était à la médecine du travail, plus au collège. Un baratin pour la forme et elle serait dehors.

- Alors ?

____Elle était assise en face de lui à présent et lui souriait. C'était son arme fatale, sa botte secrète, son petit truc en plumes. Sourire à un interlocuteur qui vous embarasse, on n'a pas encore trouvé mieux pour passer à autre chose. Hélas, le bougre était allé à la même école... Il avait posé ses coudes, croisé ses mains et posé par-dessus tout ça un autre sourire désarmant. Elle était bonne pour répondre. Elle aurait du s'en douter d'ailleurs, il était mignon et elle n'avait pas pu s'empecher de fermer les yeux quand il avait posé ses mains sur son ventre...
- Alors, sans mentir, hein ? Sinon je préfère que vous ne me répondiez pas.
- Longtemps.
- Évidemment, grimaça-t-il, évidemment... Quarante-huit kilos pour un mètre soixante-treize, à ce train là vous allez bientôt passer entre la colle et le papier...
- Le papier de quoi ? fit-elle naïvement.
- Euh... de l'affiche...
- Ah ! De l'affiche ! Excusez-moi, je ne connaissais pas cette expression...
Il allait répondre quelque chose et puis non. Il s'est baissé pour prendre une ordonnance en soupirant avant de la regarder de nouveau droit dans les yeux :
- Vous ne vous nourrissez pas ?
- Bien sûr que je me nourris !
____Une grande lassitude l'envahit soudain. Elle en avait marre de tous ces débats sur son poids, elle en avait sa claque. Bientôt vingt-sept ans qu'on lui prenait la tête avec ça. Est-ce qu'on ne pouvait pas parler d'autre chose ? Elle était là, merde ! Elle était vivante. Bien vivante. Aussi active que les autres. Aussi gaie, aussi triste, aussi courageuse, aussi sensible et aussi décourageante que n'importe quelle fille. Il y avait quelqu'un là dedans ! Il y avait quelqu'un...


A. Gavalda, Ensemble c'est tout.

# Posté le dimanche 27 septembre 2009 15:18

Come from away above.

Come from away above.

# Posté le dimanche 27 septembre 2009 09:00

Le Dernier Eté.

Le Dernier Eté.

# Posté le samedi 19 septembre 2009 15:28

C'est tout ce qu'il reste.

C'est tout ce qu'il reste.
The Wall

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 10:34