_____Il ne venait pas me voir, il surgissait, disait "c'est moi, je suis là", avec, dans la voix, une fierté de propriétaire qui me rendait aussitôt servile et servante, me débarrassant de mon attente en m'emportant vers la chambre à coucher sans que j'aie le temps de protester. C'est moi, je suis là, n'essaie pas de me changer. C'est moi, je suis là, laisse tomber tes manigances. Monte en amazone derrière moi et franchissons une nouvelle fois la frontière qui fait d'une banale histoire d'amour, entre deux corps affranchis, une expédition périlleuse en terre Adélie. Et quand, épuisés par tout l'amour qu'on avait parcouru, toutes les histoires qu'on s'était racontées en s'effleurant des doigts, des lèvres, de nos souffles attentifs, il se laissait retomber sur le côté et demandait on n'est pas heureux comme ça ? Avec l'entrain et la satiété d'un prédateur qui a bien nettoyé sa proie, j'acquiesçais, dépouillée de toutes mes questions, de toutes mes tentatives d'annexion, de tous mes philtres noirs. Je me disais, il doit m'aimer puisqu'on revient de si loin ensemble... Puisqu'on est tombés dans le même gouffre et qu'on en est remontés en un seul souffle. Il doit m'aimer...




