La cours de récréation.
Vide. Ce vide. J'adore ce vide. Ce manque de
foule autour de
nous. Ce
manque de
mouvements aux
alentours. Ces bâtiments immobiles et
sans vie qui se
fondent dans le gris du temps. Ce
temps qui semble être sur
pause à la minute même.
Je me sens bien.
Pour une fois je suis dans le rythme. Les minutes s'écoulent normalement.
Je ne rate rien. Je profite de
Tout et de
Rien.
Rien ne passe
trop vite.
Les élèves sont en cours. Il est
onze heures et quelques. Les filles sont assises en face de nous, à l'autre bout de la cours. Sur les bancs. Le rire de Pauline raisonne. Mais je préfère quand c'est le tien. Si j'avais l'appareil photo, encore une fois, j'immortaliserais ce moment, même s'il n'a rien d'extraordinaire. Je t'immortaliserais, toi, assise près de moi, nos visages, un peu sans expressions. Et quand on reverrait ces clichés, on se rappellerait peut-être : « Les filles étaient en face de nous, on était toutes les deux là. Le ciel était immensément gris et il ne faisait ni chaud ni froid. Il n'y a avait personne. » En gros, les détails invisibles sur ces photographies. A ce moment, on ne le savait pas encore, mais Jade était en train de se dire que nos visages se distinguaient parfaitement du banc où elle était assise. Et elle semblait pensive à côtés des deux filles qui jacassaient près d'elle. Un peu plus tard, on invitait Fabien à notre table pour la déconne, avec le plus grand malaise. Un peu plus tôt, on cherchait des livres sur l'adolescence et sur la drogue dans le CDI, pronnoncant des mots un peu trop tabous et un peu trop fort, ce qui troublait la lecture des élèves sérieux. Et en me baladant près des tables, je remarquais qu'Aurélie avait près d'elle La Nostalgie de l'Ange. J'en profitais pour lui dire que c'était un livre très dûr à lire. Tu en profitais pour dire que tu l'avais lu, aussi. Et quelques heures plus tard, je regardais un
film vu trois ans auparavant, dont je n'avais plus entendu parler depuis. Film qui m'avait donné envie, je me souviens maintenant, de m'intéresser à la réalisation et à la photographie, grâce à sa mise en scène particulière. Et un peu plus tôt, je ratais mon contrôle de chimie. Encore une journée.
*- J'ai envie d'écrire chaque moment qui vient. T'as pas envie d'écrire tout ce que tu vis ?
- Ca dépend des moments. Pourquoi, toi oui ?
- Ouais.